RAPPORT MUNICIPAL DE RAON L'ETAPE - 1786

 


 

Nous avons l'honneur d'observer que depuis quelques temps la division s'est introduite dans le siège de la municipalité et de police de Raon, et ce qui est plus affligeant encore, elle ne paraît pas sitôt vouloir la quitter.

Déjà effectivement le sieur Masson, vivaient mal avec les sieurs Fébvrel et Litaize, échevins par commissions, et avec le sieur Dubras, échevin trésorier à titre de finance. Mais ce n'était point comme l'avance le sieur Mougeon, parce qu'ils ne veulent reconnaître aucun supérieur, la douceur de leur caractère rejette cette imputation, c'était au contraire parce que le sieur Masson ne méritait pas d'être le leur, selon que Monseigneur à pu en juger par les différentes plaintes qui lui ont été adressées tant de la part de ces officiers que de celle de Monseigneur l'évèque de Saint Dié, soit par nous même.

D'ailleurs il était haï dans toute la ville, et cependant il avait su attirer, on verra tout à l'heure comment, dans son parti le seigneu Bruant dernier échevin qui a financé et qui est honnête homme. De là une opposition de sentiments presque continuelle dans la compagnie et qui avait tellement rebuté les sieurs Fébvrel et Litaize qu'ils nous envoyèrent leur démission, pendant l'hiver 1785, pour les présenter à Monseigneur, mais considérant le tord qui en résulterait à la ville et la difficulté de les remplacer, nous parvinment à les leurs faire reprendre par l'espérance que nous leur donnâmes de les voir bientôt délivrés de sieur Masson, et en effet cet homme craignant sans doute les suites de sa mauvaise conduite, se détermina à vendre son office au mois d'août ou de septembre dernier, au Sieur Mougeon receveur de la Lorraine au même lieu.

Il y avait lieu d'espérer qu'avec plus d'esprit et de probité, le sieur Mougeon tiendrait une conduite différente de celle de son prédécésseur et qu'il ramènerait la paix en son siège. Cependant par une fatalité inconsevable il se brouilla avec les sieurs Fébvrel, Litaize et Dubras, avant même qu'il ne fut en fonction et pour un objet d'administration qui par conséquent ne le regardait pas encore.

Il annonce qu'il destituera un ancien sergent de police qu'ils avaient rétabli pendant la vacance de son office et qu'il remettrait à sa place celui qu'ils avaient révoqué, et il consomme son projet, et dans quels temps, dans le temps que les officiers le recoivent dans la place et qu'en présence d'une assemblée nombreuse, oubliant ce qui s'est passé entre eux et lui, ils lui témoignent la joie qu'ils ressentent de le voir à leur tête. Il faut avoué que ce procédé est singulier et qu'il suppose que le Sieur Mougeon a une grande malhonnêteté et beaucoup d'humeur, ou des raisons si fortes qu'il n'ait pu s'en dispenser dans cet instant.

Il prétend que Jacques Stévenel s'est rendu coupable de malversation sous le sieur Masson, et c'était le sujet pour lequel il avait été renvoyé par cet officier.

Mais 1° on soutient que cet homme s'est démis et qu'il n'y a été obligé que parce que le sieur Masson voulait l'employé journellement et gratuitement aux ouvrages de sa maison.

2° le sieur Mougeon ne cite aucun fait, et il ne parle que d'après son prédécésseur, dont nous ne pouvons que suspecter le témoignage parce qui vient d'être dit, et nous pouvons affirmer que nous n'avons reçu aucune plainte contre lui.

3° il nous avait promis de nous faire connaître en quoi consistaient ces malversations, et il n'a pas encore accompli sa promesse, ce qui nous autorise à croire qu'elles sont imaginaires, d'autant plus que pendant seize ans que Jacques Stévenel a éxercé, il ne nous est revenu aucune plainte grave contre lui.

4° en supposant qu'il eût véritablement malversé, ce n'est pas dans un moment marqué par la joie qu'il venait de le destituer, ne de faire aux sieurs Fébvrel, Litaize et Dubras l'affront sanglant de détruire leur ouvrage en leur présence et celle de la communauté et de les exposer par là à la risée du public.

5° Enfin il nous a été assuré par ce particulier et confirmé par les officiers Fébvrel, Litaize et Dubras, qu'au sortir de l'hôtel de ville, le sieur Mougeon leur dit qu'il n'avait rien contre lui et que dans toute autre occasion il lui donnerait des preuves de ses dispositions à l'obliger.

Parle t on ainsi à quelqu'un à qui on a abusé de son état ? Non sans doute. Concluons donc de ce propos qui nous a même été avoué par le sieur Mougeon, et du silence qu'il a gardé sur la nature des méfaits attribués à Jacques Stévenel qu'il a eu d'autres motifs pour le congédier.